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The elitism, commodification and commercialisation in the current contemporary art world need challenging, and Christians should be prepared to do that. Adrienne Chaplin

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Michel Ciry

Michel Ciry

par Paul Munch

« De votre credo religieux, vous avez tiré votre credo artistique ». Ces paroles dites par Monsieur François Bergot lors de la réception de Michel Ciry à l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen le 4 décembre 1993, illustrent magistralement cet artiste né à la Baule le 31 août 1919, au talent polyvalent, de renommée internationale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecce Homo dans l'église de Varengeville sur Mer

En effet, sans jamais se départir de son unité d’inspiration et de sa rigueur d’exécution, Michel Ciry, dans ce siècle de spécialisation, réussit à s’exprimer par la gravure, le dessin, la composition musicale, l’écriture et la peinture.

Adolescent, la gravure fut son premier mode d’expression. Qualifié d’enfant prodige par son « illustre aîné » Dunoyer de Segonzac, il est devenu l’un des plus grands du XXe siècle en cette discipline particulièrement ardue. En 1938, le hasard (selon lui, la Providence) le fit rencontrer Nadia Boulanger dont il devint l’élève. Avec ce maître prestigieux, il apprit son métier de compositeur et ce fut entre cette année-là et 1959 qu’il écrivit la totalité de son œuvre musicale (6 symphonies sacrées, un concerto pour piano, instruments à vent et percussions, des pièces pour orchestre, des ballades et préludes pour piano, de nombreux recueils de mélodies, un quatuor à cordes). À ce titre, il fut lauréat du Concours international reine Élisabeth de Belgique en 1953.

Depuis 1942, Michel Ciry tient son Journal dont 32 tomes sont aujourd’hui publiés. C’est une somme littéraire en laquelle il s’exprime en toute indépendance d’esprit sur maints sujets, qu’il s’agisse de ses impressions de voyages, de ses jugements sur l’art et sur ses contemporains, de ses commentaires sur des évènements de toutes sortes (qu’il participe ou en soit le témoin). Ne craignant pas d’être sévère et réprobateur, il sait aussi se révéler sensible, porté à la louange quand il y a lieu d’admirer. Ce journal, disait Michel Droit, est aussi important que son œuvre de graveur ou de peintre dont il est indissociable.

l'enfant prodigue, 2000

C’est aussi en 1942 que Michel Ciry commence à peindre, à cette époque essentiellement des natures mortes et des paysages. Insatisfait, il les détruira et ce ne sera qu’une dizaine d’années plus tard qu’il se remettra à la peinture, mais alors en s’inspirant de thèmes presque exclusivement religieux (particulièrement puisés dans le Nouveau Testament). Il souhaite, écrit-il dans son journal, que son art soit missionnaire.

L’ensemble de son œuvre est un chant à la gloire de Dieu, en témoignage de sa foi chrétienne. Il se veut serviteur de l’art et défenseur de la Foi.

Ses toiles, qu’il réalise en atelier pour une meilleure concentration, sont le fruit d’une activité très régulière, cela au sein de la recherche constante d’une perfection qu’il sait être insaisissable. Ses personnages, graves le plus souvent et ne faisant rien pour plaire, ne peuvent laisser indifférent. Dans une quasi absence de décor, ils vivent intensément, au-delà du pittoresque. Les regards auront joué un grand rôle en cette œuvre d’une singularité très pensée. Les mains également, de par une éloquence digitale qui en dit autant que les traits d’un visage. Tout cela se trouvant être d’une sobriété propice à la grandeur dont il convient d’avoir un incessant souci.

l’Incrédulité de Thomas

On ne peut être que bouleversé par ces compositions qui vont de l’Annonciation à la Résurrection du Crucifié, du Rédempteur en pleine gloire aux humbles pèlerins d’Emmaüs qu’intrigue ce compagnon d’un soir, de Jean et de Marie-Madeleine à la Vierge en douleur, sans oublier l’Incrédulité de Thomas...

Une quinzaine de ces tableaux si substantiels se trouve présentée dans cette merveilleuse cathédrale de Rouen. Le 13 juillet 2002, lors de l’inauguration de l’exposition présentée en Notre-Dame de Bruges, son Éminence le Cardinal Daneels disait : « Michel Ciry dispense généreusement les présents. À nos yeux, il offre le présent de ses peintures, à nos oreilles, le présent de sa musique et à notre mémoire, celui de son journal. Ciry n’oublie rien. ».

N’est-ce pas là l’évocation très judicieuse d’une multiforme créativité si rare qu’elle se trouve être exceptionnelle ?

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Sur le site de la Musée Michel Ciry, 6 bis rue Marguerite Rolle, Varengeville sur Mer

http://www.museemichelciry.com/Artiste.php:

L’ARTISTE Doué d’un talent aux multiples facettes, Michel Ciry est non seulement peintre mais aquarelliste, graveur, dessinateur, illustrateur et écrivain. A ce jour trente-cinq tomes de son journal intime ont été publiés. Enfin grand mélomane, élève de Nadia Boulanger, il s’est consacré à la composition musicale parallèlement à la création picturale et littéraire jusqu’en 1958, date à laquelle sa peinture a pris une place prépondérante. Son musée, qui vient d’ouvrir, expose une partie de sa collection personnelle d’huiles, d’aquarelles, de dessins, et de gravures, représentatifs de ses qualités artistiques.

HUILES : Michel Ciry se consacre à la peinture à l’huile au début des années cinquante. L’univers religieux fait l’objet de grandes compositions en alternance avec des paysages, natures mortes, et portraits de mimes, de clowns, d’arlequins, entre autres. Les couleurs vives et franches contrastent par leur gaieté avec l’expression solitaire des personnages.

AQUARELLES : Michel Ciry choisit la technique de l’aquarelle pour traduire l’émotion que lui procure un lieu ou un personnage. Voyageur infatigable, il capte la lumière particulière de chaque lieu par des aquarelles délicates, fortes, et riches d’évocation.

DESSINS : Un trait de plume à l’encre de chine ou de mine de plomb esquisse des portraits expressifs d’étrangers rencontrés au cour de ses voyages ou bien des paysages urbains d’une extrême finesse.

GRAVURES : Michel Ciry débute à 16 ans son oeuvre de graveur et connaît un vif succès dès sa première exposition. La gravure requiert un métier solide supposant rigueur et patience, car la plaque de cuivre est un matériau volontiers rebelle. La qualité de son oeuvre gravée repose sur la profondeur extraordinaire de ses noirs, sur leur contraste avec les éclats de lumière qui rythment la composition.

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Vu aussi: http://interligne.over-blog.com/article-michel-ciry-ou-la-reconquete-spirituelle-115759268.html