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Steve Thrall: L art au-delà du verbe

L'art au-delà du verbe

par Steve Thrall

Dans son expression, l’art a une valeur intrinsèque, puisque inspiré et produit par des êtres eux-mêmes créés à l’image du Créateur. En conséquence, on pourrait dire que l’art fait partie du dessein de Dieu, partie de ce qu’il a déclaré être "bon".1 Exercé par des hommes et des femmes entrés dans la foi chrétienne, il peut graduellement faire apparaître des valeurs et une vision du monde différentes. Si le style n’en sera pas ou peu affecté, le contenu le sera en revanche, ne serait-ce que par une manifestation d’espoir, de joie, ou de souci d’éthique. Dans son ensemble et à long terme, le travail des artistes chrétiens a la capacité de mettre en évidence les valeurs du Royaume de Dieu.

Clairement, ce n’est pas seulement l’artiste à titre individuel qui est appelé à s’engager dans la voie missionnaire. C’est aussi l’Église, en tant que communauté de croyants, qui est mandatée à collaborer avec lui par l’intermédiaire de certains de ses membres.

En effet, que le missionnaire soit évangéliste, apôtre, enseignant, administrateur ou artiste, l’efficacité de son ministère repose sur le soutien du corps de Christ. Mais ceux qui feront partie de l’équipe de l’artiste devront être convaincus de l’importance vitale de l’apport artistique dans la mission de l’Église.

La vérité dite verbalement, sous forme de propositions, a souvent été considérée par l’Église comme étant la seule forme "orthodoxe" de communication de l’Évangile. Mais force est de constater qu’aujourd’hui, en France, une telle communication purement verbale n’atteint pas toujours ses buts : la compréhension souhaitée ne s’installe pas car les expériences communes, le symbolisme et les points de référence sont souvent défaillants. En d’autres termes, l’expression verbale, si claire qu’elle soit, ne garantit pas que le courant passe. Or, l’art, en tant que messager indirect, peut être un atout dans la communication de l’Évangile. Par le biais de la métaphore, l’art est en mesure de mettre l’accent sur un chemin jusque-là ignoré, offrant ainsi la possibilité de premiers pas dans l’itinéraire spirituel. Son caractère allusif permet de suggérer, sonder, indiquer et conduire dans la direction de Royaume, ceci subtilement et répétitivement. De manière indirecte, l’art incite à la réflexion, invite au dialogue, et provoque des questionnements en instance de réponses.

Prenons un exemple

Aujourd’hui, l’art du récit semble trouver une nouvelle jeunesse. Dans le modernisme, la narration d’histoires n’avait jamais été prise très au sérieux, parce que destinée au divertissement de l’enfant ou au besoin d’évasion et de relaxation de l’adulte. Or, le contexte postmoderne veut au contraire élargir l’horizon de la narration. Cet art peut être exercé verbalement dans le témoignage d’expériences personnelles, mais aussi dans des formes de créativité variées, comme la musique, le cinéma, et autres productions médiatiques touchant à l’art. Romanciers, poètes, et scénaristes communiquent à tous niveaux de maintes façons, en tirant parti de la richesse très imagée des mots et des expressions subtilement nuancées de la langue française. L’écriture de pièces de théâtre, scenarii ou sketches, pourrait donc devenir l’équivalence moderne des paraboles. Enraciné dans l’expérience vécue, le récit serait indirectement conté par des personnages fictifs, comme il le serait par la danse, le mime, la peinture ou la musique, grâce à la magie de la métaphore.

Attention !

Cet art communicant ne doit pas perdre son intégrité. C’est justement lorsque qu’il est remarqué pour son authenticité spirituelle, morale et esthétique qu’il peut communiquer. Sans intégrité, il y a danger de dérapage dans de la propagande chrétienne, rappelant l’ère artistique communiste, qui n’a rien accompli de plus qu’affermir et exhorter des adeptes déjà convaincus.2 Mais, lorsqu’il y a fusion entre la forme et le contenu, un contexte est créé dans lequel les idées sont des alliées, plutôt que des instruments de matraquage destinés à assujettir l’intellect. Se garder de tels matraquages propagandistes doit être une priorité dans la proclamation contextuelle et compassionnelle des préceptes divins.

Du chemin à faire…

Pratiquement parlant, les Églises en France pourraient assez facilement progresser dans leur implication dans les arts pour un rapprochement avec la collectivité. Il suffirait par exemple de s’investir dans certaines des voies culturelles disponibles, en choisissant au départ une discipline correspondant aux talents des artistes dont elles ont connaissance. Une option serait aussi de rallier des associations d’art ou de participer à des festivals locaux axés sur la danse, la musique, la peinture, ou la cinématographie. Des cours d’art pourraient être proposés aux habitants du quartier, ainsi qu’aux sans-abris, aux jeunes en souffrance ou dans les maisons de retraite. Des artistes ou groupes d’artistes pourraient être encouragés à se produire dans des bars, cafés ou clubs, avec le soutien de leur Église. Des équipes de croyants issus de différentes Églises pourraient imaginer collaborer dans la réalisation de productions plus ambitieuses qui toucheraient la ville au sens large, comme des concerts, pièces de théâtre, spectacles de danse, compétitions, ou courts-métrages. Enfin, à travers le don d’administration de leurs participants, les Églises ayant embrassé la vision des arts pourraient épauler les artistes dans leurs démarches administratives, telles que la promotion publicitaire et la prise de contact ou d’engagement pour des expositions, représentations ou spectacles.

  1. Genèse 1.31
  2. Steve Turner, Imagine, Marne-la-Vallée, Farel, 2006, pp 69-70.